2015 - 23rd ICTM colloquium "Between Speech and Song: liminal utterances" (coordination)

Affiche Warhol3Hosted at CREM on 20-22 of May, Salle des conférences, B Building

Programme available here.

Abstract

The relation between speech and song is an old debate in ethnomusicology. The topic was notably addressed List’s important article on the boundaries of speech and song (1963), in George Herzog's early explorations of the relationship between music and text (1934, 1942, 1950), and in John Blacking's account of musical "discourse" (1982). Linguistically informed works addressed the question as well, such as that by Laura Graham (1984, 1987), Charles Briggs (1993), Jean-Jacques Nattiez (1999), and Aaron Fox (1992, 2004).

But five decades after List’s foundational article, the topic continues to inspire discussion. The reason may be, as Anthony Seeger suggested, that the separation of disciplines that study different aspects of “vocal and verbal art has had a disastrous effect on the development of our thinking about them” (1986: 59). The wish to reconsider this separation has been pointed out for decades. This is particularly the case for studies focusing on liminal utterances, such as glossolalias or scat. Described by practitioners as an “event occurring in my throat” (Certeau 1996: 38), glossolalias are cases of vocal production without clear semantic meaning which multiplies the possibilities of speech. The decomposition of syllables and the combination of elementary sounds in games of alliteration create “an indefinite space outside of the jurisdiction of a language" (Certeau 1996: 42). In his study on scat, Brent Hayes Edwards (2002) also argues about an extended vocal space: a continuum between instrumental uses of the voice and vocal uses of instruments. In jazz, both are supposed to narrate stories. But still very few studies build their analysis on the intimate link between the semantics and acoustics of voice production. As pointed out by Steven Feld and Aaron Fox (1994), most studies in ethnomusicology have difficulties in simultaneously taking into account the words and sounds of vocal production, and combined analyses of the semantics and acoustics of vocal production are still very few and mostly unsatisfactory.

To try to take up this challenge, this colloquium will focus on liminal utterances, at the border between speech and song. We will consider utterances such as laments, nursery rhymes, Qur'anic chanting, recitative or the use of the monotone voice in liturgy, iconicity of language, scat, glossolalias, melodized narrations, sung tales, vocal intonation in poetical performances and in political discourses, among others. Special attention will be given to a deeply combined analysis of the acoustics and semantics of these utterances.

References

BEAUDET Jean-Michel 1996 “Rire. Un exemple d'Amazonie”. L'Homme 36 (140): 81-99.
BLACKING John 1982 “The Structure of Musical Discourse: The Problem of the Song Text”. Yearbook for Traditional Music 14: 15‑23.
BRIGGS Charles L. 1993 “Personal Sentiments and Polyphonic Voices in Warao Women’s Ritual Wailing: Music and Poetics in a Critical and Collective Discourse”. American Anthropologist 95(4): 929‑957.
CERTEAU (DE) Michel 1996 “Vocal Utopias: Glossolalias”. Representations 56: 29‑47.
EDWARDS Brent Hayes 2002 “Louis Armstrong and the Syntax of Scat”. Critical Inquiry 28(3): 618‑649.
FELD Steven & FOX Aaron 1994 “Music and Language”. Annual Review of Anthropology 23: 25―53.
FOX Aaron 1992 “The Jukebox of History: Narratives of Loss and Desire in the Discourse of Country Music”. Popular Music 11(1): 53‑72.
2004 Real Country: Music and Language in Working-Class Culture. Durham, N.C. : Duke University Press.
GRAHAM Laura 1984 “Semanticity and Melody: Parameters of Contrast in Shavante Vocal Expression”. Latin American Music Review 5(2): 161‑185.
1987 “Three Modes of Shavante Vocal Expression: Wailing, Collective Singing, and Political Oratory”, in Sherzer & Urban dir.: Native South American Discourse. Berlin, New-York: Mouton de Gruyter: 83‑118.
HERZOG George 1934 “Speech-Melody and Primitive Music”. The Musical Quarterly 20(4): 452‑466.
1942 “The Text and Melody in Primitive Music”. Bulletin of the American Musicological Society 6: 10‑11.
1950 “Song”, in Leach dir.: Funk and Wagnalls Standart Dictionary of Folklore, Mythology and Legend. New-York: Funk and Wagnalls 2: 1032‑1050.
LIST George 1963 “The Boundaries of Speech and Song”. Ethnomusicology 7(1): 1‑16.
NATTIEZ Jean-Jacques 1999 Proust musicien. Paris : Christian Bourgeois éditeur.
SEEGER Anthony 1986 “Oratory Is Spoken, Myth Is Told, and Song Is Sung, But They Are All Music to My Ears”, in Sherzer & Urban dir.: Native South American Discourse. Berlin: Mouton de Gruyter: 59‑82.

Résumé

Comment caractériser la relation singulière que le langage entretient avec la voix ? Leur lien pouvait paraître évident avant le développement de l'écriture. Avec celle-ci cependant, une part significative de la communication linguistique peut se dérouler en dehors de la vocalité, et ce quelle que soit la langue considérée. De nombreux travaux en anthropologie et en linguistique ont par ailleurs montré que l’usage de voix dans le langage était perméable à d’autres manières d’utiliser l’appareil phonatoire. Décrits comme « chants », « cris », « lamentations », « psalmodies », « rires », « onomatopées » ou « idéophones », ces usages de la voix ont en commun d’entrer dans une dynamique complexe avec le langage articulé. Objets d’étude pour une part croissante de la communauté scientifique, ces énoncés liminaires interrogent également les ingénieurs et archivistes confrontés à la nécessité d’en catégoriser les documents sonores selon des critères stables et cohérents. En parallèle, l’étude pragmatique des interactions vocales rencontre d’autres cas-limite sous les traits de la glossolalie, du ventriloquisme, des voix « habitées » des médiums et des chamanes. Ces cas posent tous la question de la source d’animation du message, et de l’efficacité performative des énoncés en tant qu’actes vocaux.

Proposé sous l’égide de l’International Council for Traditional Music (ICTM) et accueilli par le Centre de recherche en ethnomusicologie (CREM/LESC/CNRS) à la MSH de Nanterre, notre colloque permettra aux spécialistes des interactions vocales de débattre durant trois jours des questions et des pistes actuelles dans l’étude des énoncés liminaires. L’objet appelant par nature le croisement de plusieurs disciplines, les chercheurs invités, au nombre de vingt, proviennent de l’anthropologie, de l’ethnolinguistique, de l’ethnomusicologie, et de l’acoustique. S’y ajoutent des ingénieurs en traitement des archives et en analyse informatique du signal, qui travaillent actuellement à de nouveaux outils d’indexation des formes vocales.

La relation entre langage et musique a fait l’objet d’un long débat en ethnomusicologie. Le sujet a été soulevé dans l'article de List sur la frontière entre parole et chant (1963), dans les travaux de George Herzog sur la relation entre musique et texte (1934, 1942, 1950), et dans l'analyse du « discours musical » de John Blacking (1982). En une chaîne quasiment ininterrompue, différents travaux ont depuis précisé les données ethnographiques sur différentes pratiques vocales aux frontières entre langage et musique (lamentations, récitations et psalmodies, chants dont les paroles sont ou non compréhensibles pour les locuteurs).

En ethnolinguistique, des auteurs tels Laura Graham (1984, 1987), Ellen Basso (1985), Charles Briggs (1993), Jean-Jacques Nattiez (1999), et Aaron Fox (1992, 2004) ont analysé des modes d’énonciation où la forme vocale prend le pas sur le contenu sémantique (salutations rituelles ou incantations thérapeutiques par exemple), ou bien des formes d’interaction affectée par l’irruption d’énonciateurs non-humains (divinités, esprits, animaux) dans la voix des locuteurs. L’une des conclusions vers lesquelles ces travaux convergent est que la musicalité du discours est un aspect crucial, trop souvent négligé, ouvrant la voie à une description rigoureuse des croyances religieuses.

Très peu d'études ont cependant pris pour point de départ le lien étroit qui existe entre les dimensions sémantique et acoustique de la voix (voir Feld et Fox 1994). La fragmentation épistémologique du champ vocal entre linguistique, musicologie et anthropologie reste un obstacle de taille. Pour tenter de relever le défi, ce colloque portera précisément sur les énoncés liminaires situés à la frontière entre la voix parlée et chantée. Seront privilégiés des matériaux comme les lamentations, le babillage, les comptines, la récitation coranique, les narrations mélodisées et les contes chantés, le scat, la glossolalie, ainsi que l’usage et les variations de la voix dans la liturgie, le recours à l'iconicité du langage, ou encore à des jeux portant sur l'intonation dans les performances poétiques et les discours politiques. Au travers de ces études de cas, l’enjeu sera de croiser les analyses acoustique, sémantique et pragmatique des énoncés vocaux. Aux frontières de l’anthropologie, de l’ethnomusicologie, de la linguistique et de l’ingénierie, le colloque s’inscrit dans une perspective interdisciplinaire qui fera surgir de nouveaux objets.

Organizers

Coordination: Estelle AMY DE LA BRETÈQUE (Ethnomusicology/Anthropology - CREM/LESC-CNRS, France)

Scientific committee: Bernd BRABEC DE MORI (Ethnomusicology, University of Music and Performing Arts, Graz, Austria), Junzo KAWADA (Anthropology – Kanagawa University, Japan), Anthony SEEGER (Ethnomusicology, UCLA, USA), Kati SZEGO (Ethnomusicology – Memorial University of Newfoundland - Executive Board member of ICTM, Canada), Stephen WILD (Ethnomusicology - Australian National University - Vice President of ICTM, Australia).

Local organization committee: Jean-Michel BEAUDET (Ethnomusicology - Université Paris Ouest Nanterre La Défense - Membre du CREM-LESC/CNRS), Susanne FÜRNISS (Ethnomusicology –MNHN/CNRS, president of the French Society for Ethnomusicology), Andrea-Luz GUTIERREZ-CHOQUEVILCA (Linguistic anthropology – EPHE), Giordano MARMONE (Ethnomusicology/Anthropology -Paris West Nanterre University), Magali De RUYTER (Ethnomusicology/Anthropology - Paris West Nanterre University), Victor A. STOICHITA (Anthropology/Ethnomusicology - CREM-LESC/CNRS)

Partner institutions

L'ICTM (International Council for Traditional Music) est une ONG reconnue par l'UNESCO qui soutient l'étude, la pratique, la documentation, la préservation et la connaissance des musiques et danses traditionnelles. Pour ce faire, l'ICTM organise régulièrement des rencontres académiques (conférences, colloques et journées d'études) et publie la revue annuelle Yearbook for Traditional Music.

Le CREM (Centre de Recherche en Ethnomusicologie) fait partie du Laboratoire d'Ethnologie et de Sociologie Comparative (CNRS-UMR 7186). Il se consacre à l'étude des pratiques et des savoirs musicaux, conçus autant comme processus de différentiation socio-culturelle que comme formes d'expression communes à l'Homme. Cette approche, fondée sur un recueil raisonné des données musicales et un travail simultané d'enquête ethnographique, s'inscrit dans une anthropologie du fait musical envisagé dans ses dimensions socio-culturelles, esthétiques, formelles, acoustiques, kinésiques et finalement cognitives. Le CREM gère un vaste fonds documentaire (archives musicales et livres) de la plus haute valeur patrimoniale et consulté par un public international via la plateforme Telemeta. Il est éditeur d'une importante collection de disques.

Le projet ANR DIADEMS 2013-2015 (Description, Indexation, et Accès aux Documents Ethnomusicologiques et Sonores) est un partenariat entre le CREM/LESC, le MNHN, le LAM et plusieurs laboratoires de traitement du signal et d'informatique (IRIT, LABRI, LIMSI) spécialisés dans l'analyse du son. Ce projet vise à apporter des outils d'indexation des contenus audio (appliqués aux documents sonores et audiovisuels) qui pourront faciliter le traitement semi-automatique des archives, notamment la détection de zones de parole et de musique, la reconnaissance de locuteurs, l'identification de segments, l'identification de types musicaux (musique instrumentale, voix a cappella, voix et instruments, types d'instrument), la recherche de similarités (mélodique, rythmique, de timbre), la délimitation des zones intermédiaires (discours rituels, psalmodies, parlé-chanté).

Cette collaboration avec les équipes d'informaticiens et d'acousticiens s'accompagne d'une part d'une réflexion sur les classifications et les terminologies de descriptions, notamment des types d'exécutions vocales, et d'autre part sur la visualisation des résultats d'analyses, les usages et l'ergonomie de la plateforme Telemeta du CREM, la modélisation et la représentation des formes musicales.